Thursday, October 2021

Par Frédéric Feruzi

L’isolement de Goma et Beni, la fermeture des frontières, des bars et la rotation des secteurs de vente d’articles dans les marchés, sont entre autres mesures prises depuis près d’un mois par les autorités contre le Covid-19. Cependant, aucune de ces restrictions n’est strictement respectée, dénoncent des organisations de la société civile (OSC).

L’isolement de principales villes du Nord-Kivu est l’une des dernières mesures restrictives annoncées par les autorités provinciales. C’était utile, pour briser la chaine de contamination du coronavirus, alors que Goma et Beni venaient de notifier des cas. Une semaine après, l’évaluation que les organisations de la société font de la mesure est préoccupante. Les voyageurs se sont montrés très imaginatifs pour la contourner. Olivier Kinzandu, coordonnateur de la CRDH, une organisation de droits de l’homme active dans le territoire de Lubero explique :’’Les récalcitrants sont en train de monter des stratégies pour aller à moto. Quand ils se rapprochent d’une barrière, ils passent à pied comme s’ils allaient dans leurs champs. Mais en réalité ce sont des gens qui vont à Goma’’.

Également organisation de droits de l’homme mais dans le Sud-Lubero, la FIRD, dénonce le transport des personnes qui se poursuivent clandestinement. Les chauffeurs ont aussi leurs stratégies, explique l’ONG :’’Nous avons constaté que les camions viennent de Goma avec beaucoup de personnes chargées, mais avant d’arriver au point de lavage, ils déchargent les gens et ils arrivent-là seuls. Les points de lavage sont dans la commune de Kanyabayonga, à Lubero et même à l’entrée de Butembo’’. Son coordonnateur, Zaidel Ngolo, plaide pour le renforcement des mesures de contrôle et de suivi des transporteurs.

Mercredi, au moment où le ministre provincial des ressources hydrauliques lancées à Buhene, Nyiragongo, la construction de 90 bornes fontaines par Mercy Corps, un habitant s’est inquiété sur la poursuite normale des liaisons entre Goma et le territoire voisin de Nyiragongo. Cela va à l’encontre de la mesure d’isolement. La même situation a été dénoncée semaine passée au niveau de la barrière de Bweremana, entre le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Selon le parlement de jeunes du Nord-Kivu, les voyageurs qui viennent de Bukavu passent par-là pour rejoindre la ville de Goma. Cela se passe depuis que le gouverneur Carly Nzanzu Kasivita a interdit durant 14 jours des mouvements entre les deux provinces pour prévenir la propagation du coronavirus. Le parlement invite les services qui sont affectés à cette barrière à faire respecter la décision du gouverneur.

La rotation et les attroupements dans les marchés publics.

C’est l’un de casse-tête dans la prévention du Covid-19 à Goma. Une simple visite aux marchés Maman Olive Lembe Kabila (Dit Alanine) et Kituku, dit tout sur le non-respect de la rotation des secteurs de ventes d’articles divers et les attroupements. Cette mesure prise avant même le premier cas de coronavirus visait à éviter que les marchés soient des foyers de propagation dans la ville. Seul le secteur de vente des produits vivriers devraient travailler sans rotation. Mais outre le marché central de Goma (Virunga), les commerçants travaillent comme toujours, peuvent dénoncer certains habitants de Goma.

Voici cependant l’explication que donne à ce sujet le président du comité Intermarché de Goma, Faustin Kambale :’’ Les marchés de communes n’ont pas d’engouement comme le marché central. Il n’y a pas assez de gens. La mesure de rotation visait à limiter les vastes mouvements, comme ceux qu’on voit dans le marché central. Prenons par exemple le marché communal de Kahembe, il est presque vide. Les rotations sont surtout observées dans le marché de Virunga. Hier, jeudi, c’était le tour des vendeurs de friperies, aujourd’hui vendredi vous ne pouvez pas les trouver’’.

Cette explication n’est pas cependant totalement approuvée par le conseil de jeunes du quartier Kahembe. Il a assisté ces derniers jours à une occupation croissante des stands du marché Kahembe, depuis que la police chasse les marchés pirates le long des rues de la ville, comme il faut éviter les attroupements. Son président, Rogatien Lofimbo déplore des attroupements de plus en plus inquiétants dans ce marché.

Dans les défis que pose le respect des mesures de prévention dans le secteur du commerce, à Goma, figure également le fonctionnement des bars et des terrasses. Ils ont trouvé eux aussi des stratégies pour se camoufler. Un internaute dénonce avec humour :’’Dites-nous, comment les portes de terrasses sont fermées mais devant elles vous entendaient des gens parler à l’intérieur ?’’, un autre répond toujours non sans humour :’’C’est ça le confinement à la congolaise ! On leur demande de se confiner chez eux, ils ne peuvent pas, mais s’isoler dans les bars ils réussissent cela’’.

Les frontières, pas de mesures strictes pour contrôler les mouvements ?

Les premières dénonciations sont venues de la société civile du territoire de Nyiragongo, à la mi-mars dernier. Ses sources ont vu des citoyens rwandais traverser régulièrement vers le Congo, au vu et au su des forces de défense et de sécurité congolaises.

Des témoins ont affirmé que les rwandais payaient autour de 10 000 FR, pour traverser clandestinement au Congo. Ils venaient soit écouler leurs produits soit se réfugier au Congo, face au confinement total décrété par leur gouvernement. Lors de son point de presse qui a annoncé le premier cas de coronavirus à Goma, le gouverneur avait annoncé l’arrestation des militaires complices des traversées clandestines et de tous ceux qui ont tenté d’intervenir pour empêcher leur arrestation. Toutefois, les dénonciations de ces traversées se poursuivent aujourd’hui à Goma et dans le Nyiragongo.

À côté de traversées clandestines aux frontières, apparait le problème de celles qui sont régulières mais qui ne respectent pas les normes de prévention du coronavirus. Dans ce cas, il s’agit des commerçants rwandais qui ont été autorisés de continuer à alimenter le marché de Goma.’’ Dans chaque véhicule, on retrouve le chauffeur et 4 à 5 personnes, c’est trop ! Or, chaque jour au moins 10 véhicules commerçants arrivent du Rwanda ’’ affirme le président du conseil de jeunes du quartier Kahembe.

La structure citoyenne de jeunes de Kahembe invite le gouvernement à prévenir que ces traversées ne deviennent pas une source de nouvelles contaminations à Goma car le Rwanda fait face à une montée quotidienne des cas de coronavirus. Mais l’inquiétude du conseil n’est pas que là. Il est exprimé également au sujet du point de chute de commerçants rwandais : le marché Kahembe. Ils y sont au centre des attroupements, dénonce Rogatien Lofimbo, le président du conseil de jeunes de Kahembe :’’Le marché est en désordre, car il n y’a personne pour contrôler. Les gens sont attroupés, alors qu’on a interdit plus de 20 personnes ensemble. Aussi, l’on doit se laisser une distance de 1 mètre ! Mais cela n’est pas le cas’’.

De plus en plus de voix se lèvent au sein de la société civile, pour déplorer ce qui s’apparente à de la légèreté dans les efforts pour faire respecter les mesures de prévention du coronavirus. Bien que les autorités aient indiqué que seules 5 à 10 personnes devraient se retrouver à la morgue pour aller enterrer leur mort, la réalité est loin de là à Goma dont l’un des principaux cimetières (Makao) se retrouve dans le territoire de Nyiragongo. ‘’Les gens viennent en foule de Goma. Nous demandons aux autorités de déterminer clairement le nombre de ceux qui vont enterrer les leurs. On peut y faire une loi. Nous craignons de voir Kanyaruchinya (où est aménagé Makao) devenir le point de départ des contaminations à cause des cortèges funéraires.’’ Recommande Jean-Etienne Bosenibamwe, président du mouvement des sociétés civiles du Congo (MSCO), dans le territoire de Nyiragongo.

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