Thursday, July 2021

Détournements autour du programme IMAGINE : ‘’Si mes documents ne sont pas fiables, je demande à Mercy Corps de m’attaquer pour usage de faux !’’ (JP-LUMBU LUMBU)

Par Frédéric Feruzi
Après des enquêtes personnelles et une série de dénonciations sur d’éventuels détournements de fonds alloués au programme IMAGINE de Mercy Corps à Goma, le député Jean-Paul Lumbu Lumbu Mutanava entend porter l’affaire devant l’assemblée provinciale du Nord-Kivu. Il l’a annoncé lors d’un long point presse ce vendredi 2 avril, à Goma.
Député provincial élu en 2018 dans la circonscription électorale du territoire de Lubero, au Nord-Kivu, dans l’Est de la république démocratique du Congo (RDC), Jean-Paul Lumbu Lumbu est également vice-président de l’assemblée provinciale.
Appuyé par une panoplie des documents issus de ses enquêtes, le député a fait ce vendredi des révélations accablantes sur des détournements en amont et en aval du programme IMAGINE de Mercy Corps. L’ONG américaine exécute depuis 2015 un projet d’adduction d’eau potable au bénéfice de plus ou moins 1 million d’habitants de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, et Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu.
Mais, à faire foi aux documents du député Jean-Paul Lumbu Lumbu dont certains viennent de l’administration publique, les 36 millions de livres sterlings que Mercy Corps a reçus de la Grande-Bretagne n’ont pas été gérés de manière honnête. Il y’a de l’opacité, démontre le député qui annonce la poursuite de son combat jusqu’à ce que la ville de Goma ait réellement accès à de l’eau potable du programme IMAGINE et que l’aide publique remboursable ne soit pas détournée.
Les gestionnaires de Mercy Corps ne se sont pas limités à détourner l’argent mais ils en sont également venus à créer Congo Maji, pour récupérer le million de dollars que la commercialisation de l’eau génère chaque année, à Goma.
La Régideso et le ministère provincial en charge de l’eau attestent le détournement
À en croire les sources du député provincial Jean-Paul Lumbu Lumbu, la planification du détournement du financement qu’a obtenu Mercy corps aurait commencé en 2016. L’ONG met alors en œuvre un plan savamment monté qui ira jusqu’à rouler parfois même des autorités publiques, laisse croire les documents que présente l’élu de Lubero.
Toutefois et curieusement, avant les enquêtes du député Jean-Paul Lumbu Lumbu qui commencent en mars 2020, aucune autorité congolaise ni même la Régideso ne vont dénoncer les magouilles. Leur silence a suscité beaucoup de questions des journalistes sur leur probable implication dans les détournements dont Mercy Corps est accusé, lors du point de presse de Goma, ce 2 avril.
Le ministre provincial en charge de l’eau et des hydrocarbures ne confirmera les accusations de détournements que porte le député Jean-Paul Lumbu Lumbu que le 1er Mars 2021, après que le député lui a adressé une question écrite, suite à ses revendications sans suite auprès de Mercy Corps et de la Régideso.
La Régideso ne va aussi clairementsortir de son mutisme que récemment à travers sa lettre au président de la république qui porte le N° DG 547/2021 du 27 Mars 2021. La régie financière qui gère la fourniture de l’eau potable en RDC y parle non seulement de détournement mais encore de malfaçon avérée dans les ouvrages qu’elle présente comme partiellement réalisés.
La Régideso écrit :’’…Les fonds décaissés, au nom de la R.D.Congo dans le cadre du programme IMAGINE, ont été gérés en toute opacité par Mercy Corps et qu’au regard des agissements des animateurs dont certains ont pris la poudre d’escampette après avoir dilapidé les ressources destinés à financer les travaux devant améliorer le service de l’eau’’.
Pour le député Jean-Paul Lumbu Lumbu, il est évident que ce sont ces détournements qui ont conduit à l’échec de Mercy Corps qui n’a pas pu remettre 94 bornes fontaines prévues, à l’issue du projet, le 31 mars 2021.L’ONG a en effet affirmé que 64 bornes fontaines sont opérationnelles à Goma et que les 30 restantes sont soit en phase de finissage soit en pleine construction.
Comment Mercy Corps a créé Congo Maji pour commercialiser de l’eau à Goma ?
Dans son plan de détournement des fonds, Mercy Corps envisage trois phases qui font savoir l’existence de la société Congo Maji et d’une entreprise britannique dénommée ‘Entreprise For Impact’ (E4i).
Bien avant, en 2016, Mercy Corps signe un contrat avec la Régideso pour une délégation de pouvoirs aux deux sociétés que créent de hauts cadres de Mercy Corps pour détourner l’argent, fait savoir le député Jean-Paul Lumbu Lumbu. Il présente à la presse ce vendredi une copie du contrat comme preuve, un contrat que le gouverneur de l’époque, Julien Paluku, avait signé en témoin. En effet, deux jours plus tôt, soit le 31 mars 2021, Mercy Corps avait lors de son point de presse de remise des travaux du programme IMAGINE, renié l’existence d’un quelconque contrat avec la Régideso.
Les trois phases du détournement de l’aide publique dont plusieurs sources signalent au député Jean-Paul Lumbu Lumbu, dès février 2020, consistent à obliger la Régideso de céder la gestion et la commercialisation de l’eau à Mercy Corps, la deuxième phase consiste dans le contrôle absolu de la gestion et la commercialisation de l’eau par une société créée et gérée par Mercy Corps (Congo-Maji), la troisième phase consiste dans le transfert des parts sociales de Congo-Maji à l’entreprise for Impact, qui est en plus fictive en RDC et composée par des sociétaires de Mercy Corps dans plusieurs pays.
À la suite de la lettre que le député Jean-Paul Lumbu Lumbu lui adresse dans le cadre de ses recherches, le ministre provincial en charge des hydrocarbures et de l’eau confirme l’opacité autour de Congo-Maji et l’entreprise for Impact. Jean Ruyange écrit, le 1er Mars 2021 :’’Les responsables de l’entreprise E4i devront être interpellés par la province. Non seulement que la démarche par laquelle ils ont procédé pour son installation en R.D.Congo semble tortueuse, mais aussi sa façon de gérer Congo-Maji Sarl semble opaque et escamote le rôle de la REGIDESO et la province dans la gestion de l’eau. Ne possédant aucun capital, aucun compte en banque, aucune comptabilité, il est curieux de savoir comment cette entreprise E4i finance son établissement en R.D.Congo. Tout porte à croire qu’elle se sert des fonds de Congo-Maji Sarl, tel un parasite, afin de financer son établissement en R.D.Congo. Ceci est tout simplement du détournement de l’aide publique. Les responsables de E4i doivent rembourser les fonds pris dans les comptes de Congo-Maji Sarl pour son implantation et pour payer les impôts, taxes et pénalités à la DGRAD, à la DGI,…les comptes de Congo-Maji Sarl doivent être bloqués afin de permettre à l’autorité provinciale de contraindre E4i de rendre compte sur l’utilisation des fonds prévus dans le protocole de l’accord’’.
Le député Jean-Paul Lumbu Lumbu entend ainsi informer le peuple sur les contours de la réalisation du programme IMAGINE de Mercy Corps. Éclairer l’opinion et obtenir gain de cause va aussi de son intérêt selon lui, car il est témoin des problèmes que rencontre la population de Goma suite aux pénuries de l’eau potable dont lui-même est victime, en tant qu’habitant de Goma.
Les accusations de détournement qu’il porte sont toutefois rejetées en bloc par Mercy Corps qui affirme avoir réalisé tout le projet en toute transparence. L’ONG s’est fait appuyer par la représentante du gouvernement britannique qui a financé le projet. Elle avait affirmé que le bailleur n’avait pas observé de détournement et qu’une mission de contrôle venait sur terrain chaque trois mois.
Mercy Corps invite quiconque met en doute la réalisation du projet à passer au bureau de DFID, qui représente le bailleur de fonds britannique, pour poser des questions et obtenir des éclaircissements.

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