Thursday, October 2021

Par Frédéric Feruzi

Dénommé ‘Requiem pour la paix’, la chorale poursuit l’objectif de faire vivre la mémoire des victimes des guerres successives en RDC. Elle est convaincue que l’amnésie qui caractérise aujourd’hui les congolais sur les guerres et leurs conséquences sur les vies humaines ne peut pas permettre de vivre bientôt la paix.

C’est la chorale qui a ouvert la 7ème édition du Festival Amani, ce vendredi à Goma. Venue de Bukavu, Requiem pour la paix est composé des congolais de diverses origines sociales. C’est une chorale qui a été mise en place par l’ONG ‘Uwezo Africa Initiative’ qui travaille sur différents domaines, entre autres la culture et la santé de la reproduction.


Requiem pour la paix chante lors d’évènements sociaux des masses, mais aussi à l’église, bien qu’elle soit une chorale œcuménique, pour conscientiser les congolais sur l’importance de se souvenir des morts des guerres que le pays connait depuis les années 1990. Les victimes sont évaluées à plus de 6 millions aujourd’hui.
Le souvenir des morts innocents de la guerre permet non seulement de rétablir leur mémoire mais encore la vérité sur les circonstances de leur disparition, en vue de la paix, laisse entendre Douce Namwezi, responsable de l’ONG Uwezo Africa Initiative.

Mais pourquoi un requiem pour la paix et non une justice pour la paix ?
Dans une région où l’on prêche le pardon et la cohabitation pacifique, on s’imagine mal la place d’un requiem (le deuil) pour atteindre la vision commune ‘’la paix’’ diraient certains. Mais, Uwezo Africa Initiative a une justification à sa stratégie pour contribuer au retour de la paix. Selon sa coordinatrice, on ne peut pas arriver à rendre justice aux millions des congolais péris lors des guerres, si l’on ne sait pas faire d’abord leur cartographie, c’est-à-dire se souvenir d’eux. Elle explique :’’ Si on va demander justice pour 6 millions de morts, moi (qui ne connait pas leur histoire) si on me posait la question où sont les 6 millions, je vais raconter quoi ?…Mais qu’est-ce que moi en tant que congolais je connais, je sais de l’histoire des massacres, des tueries qui se sont passés dans mon pays ?’’ Douce Namwezi souligne :’’ Une justice équitable, qui est juste c’est celle qui est basée sur la vérité.’’

La vérité c’est une étape sur le long chemin que doit suivre la pacification de la région, explique un autre cadre de Uwezo Africa Initiative :’’Le schéma vers la paix c’est tout un chemin. Et ce chemin est parsemé de pas et ces pas là, le requiem en fait partie. La justice dont on parle ici dans cette situation c’est une justice transitionnelle et c’est dans cette justice qu’il y’a ce qu’on appelle le remembrance, il faut que les gens se souviennent pour pouvoir se dire ensemble que nous ne voudrions pas revivre ce genre de situation. Il faut que les gens se souviennent pour pouvoir se dire ensemble que nous pouvons aller vers l’avant. Sinon, si on efface la mémoire, on va se retrouver dans une situation où les gens vont non seulement oublier leur histoire, et c’est la vie, lorsqu’on oublie son histoire on est condamné à refaire les mêmes bêtises. Et puis la justice en soit comme vous la réclamer est une autre phase de la justice transitionnelle et nous, nous sommes dans ce pas là qui s’appelle d’abord se rappeler, introspecter, répondre au devoir de mémoire.’’

Requiem pour la paix entend réaliser sa vision du rétablissement de la paix à travers le rétablissement de la vérité sur les millions des morts congolais durant la guerre. La chorale est bien consciente du prix à payer qui peut aller jusqu’au sacrifice suprême, car le rétablissement de la vérité signifie parfois toucher aux intérêts de ceux qui profitent de l’amnésie congolaise pour perpétuer le statuquo.

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