Saturday, October 2021

GOMA : LA FAIBLE REPRÉSENTATIVITÉ DES FEMMES DANS LES ORGANES DE MEDIAS AU CENTRE D’UNE TABLE-RONDE ORGANISÉE PAR LE CORACON

Vue d’une partie de participants à la table-ronde ce samedi 14 mars. Photo, Frédéric Feruzi

Par Frédéric Feruzi

Une soixantaine de journalistes, d’étudiants en sciences de l’information et de la communication, des activistes de la société civile et des mouvements citoyens, des acteurs politiques et des enseignants d’université ont participé à cette table-ronde, marquée ce samedi 14 mars, par un débat houleux entre les invités.

C’est la deuxième table-ronde du genre organisée par le Coracon (Collectif des Radios Communautaires du Nord-Kivu), en moins d’une semaine, à Goma. La séance de ce samedi s’inscrivait dans sa campagne ‘Media4Women 2020’, lancée le 1er mars pour durer 15 jours.

Dans la grande salle de l’hôtel Bungwe de Goma, les participants ont débattu autour du thème :’’La faible représentativité des femmes dans les organes de media, est-ce un désintéressement ou une mauvaise gestion’’.

Un parterre de 4 panelistes dont une spécialiste du genre, la présidente de l’union nationale de la presse du Congo au Nord-Kivu, un chef de travaux en sciences de l’information et de la communication et le coordonnateur du Coracon a permis d’équilibrer le débat qui est devenu brillant au fur et en mesure, dans la salle.

Jeudi passé, à la salle de l’Unpc-NK, la même passion qu’a suscitée ce débat a caractérisé la séance que le Coracon a organisée entre les journalistes, sur la femme-journaliste dans les medias, notamment communautaires.

Tendances du débat

Hommes et femmes, la plupart de ceux qui ont pris la parole sur la faible représentativité des femmes dans les médias ont mis en cause la culture africaine. Chacun avait cependant une manière différente de s’expliquer. Le côté rétrograde de cette culture vis-à-vis de l’émancipation de la femme influe tout autant sur d’autres domaines de la vie que sur celui des médias.

D’abord, certaines femmes considèrent la presse comme une affaire d’hommes. Cela les pousse à ne pas s’engager dans les médias. De même, dans l’imaginaire collectif, une femme journaliste c’est soit une prostituée soit une femme qui enfreint la coutume qui veut que la femme parle moins et se taise en public.

Outre la culture, le facteur ‘faible revenu’ des journalistes déterminerait le choix des femmes pour d’autres emplois ou carrières que le journalisme. Cela arrive malheureusement même dans le cas des étudiantes en journalisme. Un enseignant et un étudiant en SIC ont souligné cette réalité. Un chef des travaux témoigne : ‘’ J’ai enseigné à Bukavu dans un auditoire du journalisme où 120 des 180 étudiants étaient des femmes, mais combien embrassent les médias ? La plupart aiment s’engager dans les ONG quand elles finissent…’’

Le désintéressement des femmes aux médias se justifie parfois par la faible politique des employeurs à les promouvoir ou à les intégrer dans les médias. Un journaliste a déploré le fait que dans sa rédaction, il n’existe qu’une seule femme parmi les 7 membres du staff. Et Gisèle Baeni, la point focal de la campagne ‘Media4Women 2020’ à Coracon, d’ajouter :’’Les propriétaires des médias peuvent penser que ce n’est pas un problème de leur part, mais je vous assure que les femmes ont de très bonnes idées. Et si ces idées-là ne contribuent pas au programme de la radio, il y’a déjà un manquement qui va se sentir. Même si les gens peuvent faire semblant et penser que tout va bien, mais les idées-là de la femme qui manque c’est déjà un manquement’’.

Quelques recommandations de participants

Entre autres recommandations, on peut citer celle d’une participante qui a invité les femmes à dépasser les préjugés ou les stéréotypes qui les visent dans la société, pour s’engager dans les médias. Pour sa part, le coordonnateur du Coracon, Jacques Vagheni a appelé les femmes à venir également relever le défi posé par l’argent dans les médias au Nord-Kivu.’’…Il y’a de l’argent, venez, travaillons et cherchons cet argent ensemble’’, a-t-il lancé. 

Panéliste et experte en genre, Clarisse Zihindula, pense qu’une société congolaise égalitaire permettra d’en venir à bout du sous-développement. Outre les efforts d’intégration de la femme dans les médias, hommes et femmes devraient agir dans le sens de ne pas causer du tort à un genre, explique-t-elle :’’Avant chaque chose rassurez-vous, est-ce que ce que je vais faire ne va pas nuire à mon prochain. Que vous soyez homme, rassurez-vous que ce que vous faites, ce que vous dites ne va nuire aux femmes. Si on réfléchit de cette manière, on va aider la société congolaise à évoluer et à stabiliser notre pays’’.

À côté de la sous-représentativité des femmes, l’exercice des fonctions de responsabilités et l’instrumentalisation des femmes se posent dans les médias au Nord-Kivu, avaient constaté les participants au débat entre journalistes, jeudi à l’Unpc-NK.

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