Thursday, October 2021

Par Frédéric Feruzi
Une nouvelle brigade d’intervention est en cours de constitution face à l’intensification des massacres contre les civiles dans le territoire de Beni.
Cette révélation est du gouverneur de la province du Nord-Kivu qui a co-animé mercredi une conférence de presse avec le président de la société civile et un activiste politique de l’opposition.
La conférence de presse a eu lieu dans un contexte des tensions dans les villes de Goma, Beni et Butembo où des mouvements ont décrété 10 jours de manifestations pour réclamer le départ de la Monusco et des humanitaires. Les jeunes considèrent que non seulement la Monusco est inefficace dans la protection des civils mais encore qu’elle et les humanitaires collaborent avec les ADF ou les rebelles pour semer le chaos.
Les interventions du gouverneur, du président de la société civile et de l’acteur politique de l’opposition tentaient d’expliquer les tenants et les aboutissants de la situation d’insécurité dans l’Est de la RDC, pour apaiser la jeunesse et lui donner de l’espoir.
Du matériel technique et de nouvelles forces de l’Onu à Beni contre les ADF
C’est en tout cas ce qu’a laissé entendre le gouverneur Carly Nzanzu Kasivita. ‘’Nous allons avoir des unités combattantes qui sont en train d’être déployées. Avant il y’avait les tanzaniens et les Malawites, aujourd’hui nous allons aussi avoir des kenyans et des népalais, qui vont s’ajouter dans le contingent FIB’’, a expliqué le gouverneur qui affirme que des matériels de guerre sont aussi acheminés sur terrain.
Il assure que cette nouvelle force va permettre d’assister à une compétitivité face aux ADF. Carly Nzanzu affirme que la brigade d’intervention sera plus réactionnelle comme celle qui a combattu aux côtés de l’armée congolaise contre le M23 en 2013.
Informées de cette mobilisation qui a également un volet diplomatique que mènent les autorités congolaises, les ADF multiplient des attaques contre des civils pour y faire échec. Ils tuent par-ci et par-là avec l’objectif de soulever la population contre les forces de la Monusco et les autorités congolaises, explique Carly Nzanzu Kasivita.
Pour le gouverneur, les jeunes doivent prendre conscience de cette vérité pour éviter de jouer le jeu de l’ennemi. Il fait savoir que la dynamique qui combine mobilisation au niveau militaire et politique vise l’ensemble des groupes armés partout dans la province pour y mettre fin à leur activisme et l’insécurité.
Ce qui cause les ADF et d’autres groupes armés au Nord-Kivu et dans l’Est
Il n’est pas possible d’en venir au bout des conflits actuellement bien installés dans l’Est de la RDC, sans en faire une analyse objective de leurs origines. La société civile du Nord-Kivu a bien compris cela. Les forces vives se sont offert une belle occasion de partager les résultats de l’autopsie qu’elles ont faite sur ces conflits, lors de la conférence de presse qu’elles ont co-animée avec le gouverneur, mercredi.
La première cause des conflits dans l’Est et notamment au Nord-Kivu, c’est la recherche de l’identité, a fait savoir le président de la société civile. ‘’Si le Nord-Kivu est tombé dans ce cycle de violences et d’insécurité, vous connaissez bien qu’il y’a d’abord un problème de l’identité, qui a causé les premières guerres ici chez nous. C’est vers les années 1992-1993’’, explique John Banyene.
À côté de la problématique de la recherche identitaire, il y’à la recherche du pouvoir. ‘’Il y’a eu autant de groupes armés et un moment donné tous ces seigneurs de guerre, tous ces belligérants ils se sont retrouvés dans toutes les institutions. Et ils ont occupé de hautes fonctions, que ce soit dans l’administration publique, que ce soit dans l’armée, que ce soit dans la police et aujourd’hui les autres sont en train de trainer les pas dans la brousse en croyant qu’ils trouveront aussi les mêmes avantages’’, indique John Banyene.
Le président de la société civile, forces vives, cite aussi la recherche de terres. ‘’Heureusement que mes prédécesseurs ont parlé des conflits fonciers. Cette problématique est aussi à la base de beaucoup de problèmes qui causent surtout des violences, de guerres, des tueries, tout ça !’’, dit-il
John Banyene conclut par la guerre économique qui consiste dans la recherche des matières premières et des ressources naturelles. ‘’ Vous savez que nous avons des ressources naturelles qui ne sont pas partout ailleurs. Il y’a des groupes armés qui collaborent avec des forces extérieures pour piller les richesses du Congo. Je crois que vous tous unanimes pour reconnaitre la convoitise des ressources naturelles du Congo, ce qui est à la base de notre misère’’, fait observer John Banyene.
L’insécurité touche actuellement l’ensemble du Nord-Kivu, mais les zones les plus touchées sont notamment le territoire de Beni, avec des massacres répétitifs. Le territoire de Rutshuru marqué par des kidnappings. Ensuite, il y’a le territoire de Masisi où des groupes armés ont récemment coalisé contre les civils et les forces armés de la RDC. Enfin, dans le territoire de Walikale, notamment dans le secteur de Wanyanga où des groupes armés font la loi.
Les facteurs qui favorisent principalement l’insécurité sur le sol du Nord-Kivu sont la complicité de certains officiers de l’armée congolaise avec des groupes armés, des faibles effectifs militaires, la porosité des frontières de la RDC, des défections régulières dans l’armée, les conflits coutumiers et l’intégration des éléments de groupes armés dans l’armée et la police à travers le brassage et le mixage. Cela a permis aux ennemis d’infiltrer les services de sécurité.

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