Saturday, October 2021

Par Frédéric Feruzi
Un rapport que la Bridge Way Foundation (BWF) vient de publier fait en tout cas croire que l’État Islamique est actuellement à une phase bien avancée de l’installation de ses cellules de la province de Tanganyika au lac-Albert en Ituri, dans l’Est de la RDC.
Le rapport qui a été constitué sur 5 ans s’étale sur les circonstances qui ont entouré le passage de l’Adf au statut de l’État islamique (Daesh). Le document a été présenté ce samedi 13 mars, à Goma, par l’un des chercheurs de la Bridge Way Foundation. Celle-ci est une organisation philanthropique américaine impliquée dans la résolution de conflits.
Les données que contient le rapport suggèrent que la presse cesse d’employer l’adjectif ‘présumé’ devant le nom Adf pour désigner les auteurs d’un assaut sanglant rapporté dans un village de la zone d’influence ADF, dans le territoire de Beni, dans l’Est de la république démocratique du Congo (RDC). Il faut le dire directement, islamiste de Daesh ou de l’État Islamique (E. I), soutient le chercheur.
Un appel téléphonique intercepté en 2016 introduit l’E. I dans l’Est de la RDC ?
À l’époque, alors que l’armée congolaise met l’Adf sous pression, le responsable de l’ex-groupe rebelle Ougandais, Musa Seka Baluku se tourne vers son chef hiérarchique qui s’est installé en Ouganda pour des affaires. Il joint au téléphone Jamil Mukulu, alors chef des Adf, pour l’informer qu’il n’a plus d’argent pour les activités de l’Adf que l’armée congolaise malmène, dans le territoire de Beni.
Au téléphone, Musa Seka Baluku sollicite un renfort et menace de se rallier à l’État Islamique (E. I), dans le cas contraire. Jamil Mukulu le supplie de ne pas le faire. Mais Musa Seka Baluku va finir par faire allégeance à l’E. I. Il va même tuer sa femme, fille de Jamil Mukulu, qui refuse de faire allégeance. Il tuera aussi, dans le maquis de Beni, son beau-frère dans ce qui s’apparente à des représailles.
L’allégeance à l’État Islamique va chercher surtout à renflouer les caisses de l’ancien Adf qui est alors à court d’argent.
Début des activités de l’État Islamique dans l’Est de la RDC
Par le canal de Musa Seka Baluku, un Ougandais à la tête de l’Adf, l’État Islamique s’installe progressivement dans l’Est de la république démocratique du Congo, révèle le rapport de la Bridge Way Foundation.
Pour le chercheur de l’organisation, c’est à tort que les noms ADF ou MTN sont encore utilisés pour désigner le groupe. L’État islamique fonctionne bel et bien dans l’Est de la RDC et dispose des réseaux de financements et de recrutement des combattants dans toute la sous-région, voire même au Moyen-Orient.
L’argent arrive à cette branche de Daesh dans l’Est de la RDC à partir du Moyen-Orient. Le rapport de BWF montre qu’un Kenyan a servi aux débuts d’intermédiaire de l’argent qu’il venait transférer vers Beni, via l’Ouganda. Grâce aux renseignements, l’homme a été arrêté puis emprisonné au Kenya. Après lui, un autre, qui est un syrien a été identifié et arrêté.
L’arrestation de ces membres de l’E.I n’a pas mis fin au réseau de transfert d’argent vers Beni, fait savoir le chercheur. Il indique que le groupe n’est financé ni par le cacao de Beni ni par de possibles politiciens congolais ni encore moins par un pays étranger, comme le croient certains.
Le rapport de la BWF indique que l’argent que Daesh envoie sert surtout au recrutement des combattants, principalement dans les pays étrangers. Ils viennent de l’Ouganda, de la Tanzanie, du Rwanda, du Kenya, de la Somalie, de l’Afrique du Sud, de la Turquie et même de Londres. Les congolais sont trop peu recrutés car le groupe État Islamique considère qu’ils n’ont pas l’idéologie islamiste et en plus trahissent. Le leadership de l’E. I dans l’Est de la RDC reste entre les mains des ressortissants ougandais et de quelques tanzaniens.
Pour le moment, le rapport fait connaitre que l’État Islamique est en train de se répandre dans l’Est de la RDC. Des cellules sont installées presque partout dans la région. Quand ils débarquent en RDC, les futurs combattants sont formés dans le centre de Mwalika dans le territoire de Beni, avant d’être déployés sur le champ de bataille.
Dans ses activités dans l’Est de la RDC, l’État islamique se met également à échanger des expériences et des combattants entre les différentes cellules. Pour arriver à détecter que l’ancien Adf s’est transformé en État Islamique dans l’Est de la RDC, la Bridge Way Foundation s’est basée sur des recherches, des images d’allégeances, des interviews avec des ex-Adf, des officiels de différents pays et des services de renseignements.
Semaine passée, les États-Unis d’Amérique ont confirmé la version du rapport de la Bridge Way Foundation. Ils ont reconnu l’existence des mouvements terroristes dans l’Est de la RDC. La première puissance du monde a annoncé des sanctions contre les responsables de l’État Islamique en RDC et a interdit toutes transactions entre les citoyens américains et ces derniers.

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